Le deuil de ne pas avoir d’enfant

En lisant le titre de cet article, je sais que plusieurs penseront que je n’ai pas pu avoir d’enfant. Pour des raisons d’infertilité ou médicales, entre autres. J’avoue, c’est un peu voulu. En fait, depuis l’âge précis de 21 ans, je n’ai jamais voulu être enceinte et j’ai maintenant 36 ans. Ça fait 15 ans que je reçois une foule de commentaires sur ce choix de ne pas vouloir vivre une grossesse. Des enfants, c’est la raison de vivre de tellement de gens et ça se comprend! Ça change une vie. Nous les femmes, nous sommes nées pour ça, on a l’instinct! Qu’ils disent. 15 ans à devoir justifier mes choix, même si parfois, c’est fait par des gens que j’aime et qui me posent la question avec délicatesse et ouverture. C’est un choix personnel, de couple, mais c’est aussi un choix politique. C’est une manière d’exprimer mon féminisme (eh oui!). C’est mon pied de nez au patriarcat, à la pression sociale de DEVOIR avoir des enfants, même si ça change un peu. C’est un refus de toutes les normes tellement rigides imposées aux parents quant à l’éducation genrée de leur enfant. C’est aussi un dégoût à l’idée même d’avoir un fœtus dans le ventre qui grossit et dont je n’ai pas le contrôle, que je ne peux pas avoir une semaine sur deux. Bref, je ne veux pas être enceinte. 

En mars, mon conjoint a décidé que c’était à son tour d’avoir la responsabilité de la contraception (après 20 ans à prendre des cochonneries), il a donc eu une vasectomie. Cette journée-là, j’ai vécu un deuil que je n’ai pas pu nommer. Même s’il s’agit d’une décision plus que réfléchie, salutaire pour mon corps qui n’a jamais été « à jeun » d’hormones.

Reste que j’ai quand même pleuré.

Reste qu’une petite voix en dedans de moi aurait bien voulu voir le résultat de mon Moi et de mon amoureux. Mais juste pour voir, pendant quelques minutes! Reste que quand je vois mes neveux, mes nièces et les enfants autour de moi grandir, je les trouve tellement extraordinaires. J’aime cette idée d’avoir une relation qui se développe et de voir des humains se définir. J’aurais voulu vivre ça dans ma maison. J’ai vécu un deuil dont on ne parle jamais, car faire le choix de ne pas avoir d’enfants, c’est déjà un défi socialement et ouvrir une petite brèche en disant que je vivais un deuil, c’était ouvrir une porte. Mais je sais que les personnes autour de moi qui m’aiment, m’auraient accueillie sans jugement. Malgré tout, je pense qu’il est important de parler de cette situation. Je ne sais pas si je suis la seule à vivre ce deuil, mais j’imagine bien que non! On le sait toutes, la vie n’est pas toute noire ou blanche. Le deuil est parfois dans la zone grise.

Marilyn Ouellet

Une réponse

  1. Isabelle Bazinet dit :

    C’est un deuil que j’ai vécu aussi. Je dirais même un petit deuil récurrent…à l’occasion il est revenu me chatouiller les émotions. Ma décision était aussi réfléchie mais curieusement il y a ce petit pincement qui revenait des fois. Jamais suffisant pour me faire changer d’idée, juste assez pour m’achaler! Avoir dépassé 40 ans m’a aidé à ne plus jamais le ressentir, entre autre, parce qu’on a enfin arrêter de me dire : »tu es encore jeune, tu peux changer d’idée ».

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