Une enfance étouffée

Je me nomme Caméléon. Ma façon d’être me décrit très bien, pas parce que je veux être ainsi, c’est forgé par de nombreuses situations qui m’ont obligé à être ainsi. Je ne dirais pas que je voudrais être différente pour plusieurs raisons: Je change de couleurs quand je veux et dès que je peux, je m’enrobe dans la nature et je me démarque lorsque nécessaire, et je fais bien d’autres choses.

J’ai vécu dans un monde où on ne soulignait les qualités de l’enfant. Celui-ci ne fait que remplir les satisfactions de ses parents; réussir à l’école, rendre service et d’être poli. J’ai grandi dans un monde de tabous, et où la survie te force à maturer.

J’ai été un enfant qui n’a pas pu mettre des mots sur ses émotions vécus, mais mon âme comprenait les anormalités, les souffrances et les meurtrissures, non pas parce que je ne parlais pas, mais parce que chaque évènement a supprimé mon droit de parole. La misère m’a volé mon langage, l’environnement m’a volé mes réflexions, les demeures m’ont volé mon confort et mon entourage m’a étouffé. Que faire? Respirer par un narine avec le peu d’air dont j’avais accès, en essayant de garder le sourire et de profiter d’exprimer ma joie quand je pouvais tout en prenant soin de ne pas me retrouver dans le fond de mes pensées.

J’ai eue une enfance tellement étouffée, presqu’inexistante que je n’ai jamais pu m’exprimer sur les situations négatives. L’objectif de ma présence dans ces environnements était de leur assurer un moyen financier qui provenait de l’étranger, qui était destiné à me fournir les soins nécessaires; tel qu’avoir accès à l’école, me nourrir et répondre à tout autre besoin. Je vois l’argent passé sous mes yeux, j’ai été spectatrice de mon sort sans pour autant pouvoir y changer quelque chose. Je devais mentir pour me sauver la peau, lorsque j’avais le droit à un appel, je ne pouvais rapporter aucun fait vécus négativement en présence de mes bourreaux, car la vérité me procurait des malheurs. Mais au nom de la vérité, des spectateurs on pu améliorer mon sort au fil du temps en ayant eux aussi profité de la situation. J’étais la fille d’une diaspora, donc une source de revenus claire. Tout le monde voulait m’avoir, non pas pour mon bien, mais pour assurer leur passeport et leurs besoins financiers et je devais me contenter du minimum. Je devais comprendre qu’elle avait envoyé peu ou pas du tout sans poser de questions selon leurs dires.

Je devais donc alors tuer mon rêve et mes désirs de mes propres mains. Accepter de ne plus aller à l’école et argumenter avec des adultes; des directeurs d’école, des directrices pour leur supplier de me garder, de veuiller à mon éducation et de patienter, car l’argent devait arriver sous peu.

Je me suis faite rejeter plusieurs fois des écoles par faute de paiement des supposément responsables tuteurs/trices, ce qui ne manquait pas d’ailleurs. Tous les enfants du quartier étaient à l’école, moi, on me renvoyait pour diverses raisons. Certains osaient me dire la vraie raison et d’autres prétextait que mon uniforme était inadéquat, ce qui n’était pas toujours le cas, en raison de leur inconfort à me dire une telle chose.

Je me suis retrouver donc devant la victime, forcée de la prendre à ma charge: Restavèk, qui s’est emparée de moi, alors que mon profil ne coordonnait guère à ce genre de vie.

La Restavèk devait maintenant se battre pour sa survie, qui, lui a obligé de briser des règles et des codes pour parvenir à atteindre son but, celui d’aller à l’école.

À suivre…

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