Mémoire interdite

Aujourd’hui, j’ai décidé de prendre ma plume pour mettre des mots sur un passé enfoui en moi. Faire de l’écriture sur soi est une démarche très difficile, car c’est une façon de prendre du recul et de donner une maturité à la situation. Écrire sur des faits que l’on a vécu au passé pour comprendre certaines choses du présent. C’est pour mieux accepter ce que nous sommes devenus. Mettre des mots sur notre vécu peut nous aider à changer le présent. C’est une manière d’accepter une réalité pour donner du sens à notre avenir.

On l’appelle la décennie noire, une guerre invisible, une guerre à huis-clos. La modernité devait affronter l’archaïsme. Le temps s’est arrêté pendant une décennie. Cette période a laissé des souvenirs douloureux, et des séquelles qui ont du mal à guérir. Personne n’était à l’abri, nous vivions tous dans le couloir de la mort, sans voir le bout du tunnel. Pour ne pas avoir de surprise, il fallait être prêt de jour comme de nuit. Même si j’avais 14 ans, je m’étais préparée à ma propre fin. Il fallait défier cette peur. Il fallait survivre, se protéger et protéger les siens.

La femme était la cible de cette guerre invisible, son corps a été utilisé comme un champ de bataille. Infliger des violences aux femmes était un moyen de contrôler et de terroriser. Elles ont été confrontées à toutes formes de souffrance. Leur liberté a été désavouée. Elles n’avaient aucune possibilité de s’en sortir.

Malgré cette atmosphère d’angoisse vécue au quotidien, cela me donnait du courage pour avancer, pour crier mon indignation. Je refusais l’irrespect de la liberté individuelle. Il fallait continuer d’aller travailler, d’aller à l’école, d’aller à l’université, il fallait continuer de vivre, c’était notre arme au quotidien pour dénoncer et de ne jamais se taire.

Nawel Amokrane

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